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Interview de Fadela Benrabia, Préfète d’Eure-et-Loir

Fadela Benrabia Préfète d'Eure-et-Loir
Fadela Benrabia, Préfète d'Eure-et-Loir

Madame la Préfète, vous avez pris vos fonctions le 18 novembre dernier. Quel a été votre ressenti quand vous avez appris votre nomination ?

Je vais commencer par une anecdote. La préfecture de la Seine-Saint-Denis où j’exerçais antérieurement se situe2, esplanade Jean Moulin, cest dire combien cette figure historique de la nation française marque mon parcours. En effet, être nommée à Chartres, dans la ville où exerça ce
mod
èle pour notre République, et pour le corps préfectoral, et minscrire, moi, dans cette filiation, cest évidemment une grande fierté

C’est ici, plus quailleurs, parce quun préfet hors norme, héros de la résistance et figure historique a exercé, que nous devons accorder une importance plus forte aux cérémonies mémorielles. Elles doivent être des occasions de transmettre aux jeunes générations les valeurs de courage, de droiture et dengagement, autant de valeurs que les anciens combattants ont incarnées. Sans participation des jeunes générations, nos cérémonies perdent de leur portée. Alors, nous allons nous y atteler en associant les conservatoires ou les chorales des communes à nos cérémonies en partenariat avec l’Éducation Nationale. Ce sera le cas des cérémonies de naturalisation qui ne sont pas quune formalité, mais un moment fort où la nation accueille les nouveaux français dans ses bras et leur dit quils deviennent membres de la communauté nationale.

Citoyens parmi les autres, mais surtout citoyens comme les autres, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. La constitution lie la citoyenneté et la nationalité : « sont électeurs, les français » Je commencerai en septembre, et ce sera loccasion pour les naturalisés dentendre un discours fort daccueil lors de la remise de leur décret de naturalisation. Cela devrait être de même dans les communes à l’occasion des cérémonies de remise de la carte d’électeur. Toutes les initiatives qui valorisent et fêtent la citoyenneté sont essentielles, car je crois à la cohérence entre les discours et les actes, cest un enjeu de cohésion nationale. 

Je suis convaincue que, dans ce type de crise, les gens se révèlent 

Comment avez-vous pris connaissance des diversités économiques du département depuis 6 mois, et quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marquées ?

Les premiers mois sont passés très vite, car il fallait finir de boucler des dossiers importants avant la fin de l’année 2019. Je me suis donc investie dans les différentes urgences pour mimmerger dans un nouveau territoire et rencontrer les acteurs qui le font vivre. Maintenant que les choses reprennent doucement leur cours, et une fois passé le second tour des municipales, je reprendrai mes visites dans les communes à la rencontre des élus, des habitants et des entreprises.

 

J’ai découvert en Eure-et-Loir le monde rural que je connaissais peu, grâce à des élus engagés, pragmatiques et déterminés à défendre les forces de leur territoire par des projets concrets et ambitieux.

Avec lexpérience récente, comment identifiez-vous désormais les forces et faiblesses du département ?

Une crise est un bouleversement, cest un moment qui ébranle et qui déplace les repères au risque même de les perdre. Mais cette crise sanitaire, dont nous ne sommes pas encore sortis, est totalement inédite par son ampleur et par les modalités de protection et de réorganisation des habitudes quelle a engendrée. Face à l’inconnu, les gens sont souvent renvoyés à eux-mêmes, une crise oblige parfois à composer avec le pire comme avec le meilleur. Le pire, parce quon peut être conduit à perdre son sang froid et céder à toute sorte de psychose, le meilleur, et cest ce que nous avons vu, et que jai pu constater en Eure-et-Loir, cest la solidarité avec les plus vulnérables, lengagement des entreprises, des associations et des citoyens pour aider, ici à fabriquer des masques ou du gel, ailleurs à équiper les jeunes de tablettes ou dordinateurs.

C’est aussi ce que jai partagé avec les élus, un esprit de solidarité et une capacité à se recentrer sur lessentiel, c’est-à-dire l’intérêt général, qui mont absolument touchée !

Nous avons traversé la période de confinement ensemble, en restant en contact grâce à une audioconférence hebdomadaire avec les différents élus et décideurs du département. Il sagissait de garantir une bonne information sur lensemble des mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, et d’évoquer les répercussions dans la vie quotidienne des Euréliens. Il fallait aussi rester à l’écoute des besoins quils pouvaient exprimer et montrer que l’État restait toujours mobilisé à leurs côtés. Ces réunions permettaient aussi de faire, avec lARS, un point de situation sanitaire sur l’évolution de l’épidémie dans le département. Nous avons particulièrement et collectivement été mobilisés par la situation sanitaire des EHPAD et des centres médico-sociaux. À cet égard, je veux rendre hommage aux maires qui ont été très réactifs pour apporter des solutions aux établissements locaux.

Nous y évoquions la situation économique des entreprises, en rappelant les mesures de soutien apportées, comme le Prêt Garanti par l’État pour 1900 entreprises euréliennes, ou encore le chômage partiel dont ont bénéficié 55 % des salariés du privé, dont 90 % des TPE. Enfin, nous avons coordonné, avec la Directrice académique et les maires, les conditions de réouverture des écoles. Ce rituel a été précieux, pragmatique, toujours très constructif, ce qui explique que nous navons connu aucun trouble majeur en Eure-et-Loir.

Nous allons le maintenir, en réduisant les fréquences, car il nous faut à présent suivre de près les différentes conséquences du confinement.

Nous ne pouvons ignorer, aussi, qu’à peine 28% des élèves ont repris le chemin de l’école, que beaucoup risquent davoir décroché et que les congés d’été approchant, il nous faudra nous assurer que des propositions dactivités de qualité soient dédiées aux jeunes et aux familles qui ne pourrons pas partir en vacances. Cest à cela que nous travaillons avec les communes, lEducation Nationale et les associations. Nous devons gagner ce défi.

Quel bilan tirez-vous de cette période totalement inédite ?

Cette période m’a fait rencontrer des élus à un moment difficile. Ce qui me permet de dire que l’état d’esprit qui a prévalu pendant la crise – et je ne peux pas imaginer quil disparaisse – est quil ny a pas eu de dispersion, plutôt de la confiance, de la solidarité et du partage. Jai sans doute rencontré « l’esprit Eurélien » !

Je nai pas remarqué de faiblesses, mais surtout des secteurs plus ou moins touchés par la crise et l’arrêt des activités. Le secteur agricole, qui a été moins impacté, a été très créatif. D’autres, plus marqués risquent d’être contraints de fermer ou licencier, ce qui serait dramatique, alors même que les élus étaient engagés dans des projets de développement de leur territoire avant la crise. Nous devons surveiller cela de près, et conjuguer tous nos efforts pour éviter le décrochage économique des entreprises les plus fragilisées.

L’autre force du département, cest sa position géographique, et on a pu le voir dès la possibilité pour les franciliens daller à 100 km. Ils ont découvert lEure-et-Loir, et pris conscience de sa proximité et quainsi, grâce au train, et télétravail aidant, ils gagneraient en qualité de vie en sinstallant dans le département. Je crois que cette analyse, ajoutée à l’expérience difficile du confinement en zone urbaine, peut se traduire par des changements de pratiques et encourager des ménages à rechercher « la ville à la campagne ».

Ce sont des mutations quil faut observer, car elles seront facteur de développement et de réorientation de certains projets locaux en Eure-et-Loir.

 

Dans ce cadre, les dispositifs tels les « bourgs centre » nous permettent davoir une boîte à outils pour recréer des petits commerces. Répartir de beaux logements sociaux est aussi une opportunité nouvelle pour le département.

En conclusion, quelles sont les mesures de lEtat les plus utilisées actuellement ?

Le chômage partiel sera maintenu jusqu’à la fin de l’année, avec une sortie progressive. A la fin mai, 6 000 demandes dentreprises étaient enregistrées, des Prêts Garantis par lEtat pour 300 millions deuros et un fond de solidarité à hauteur de 15 millions ont bénéficié aux entreprises et salariés du département. Dans la région, le département dEure-et-Loir résiste relativement mieux au chômage, même s’il y a eu 22 % d’augmentation de la catégorie A, du fait, surtout, du glissement des autres catégories.

Je suis persuadée que nous allons redémarrer, et il faut à présent donner envie davoir envie dEure-et-Loir, de retourner à l’école, davoir des projets, de relancer l’économie. Il nous faut de laudace et les Euréliens en ont beaucoup.

Je suis très optimiste, car pour lavoir éprouvé collectivement, la bonne dynamique, la confiance et la franchise vont être un socle sur lequel nous allons construire. Passer une crise ensemble a scellé les liens.

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