Éco

« Ça fait 20 ans que nous y allons à fond. Maintenant, il est temps d’accélérer »

Entre 1977 et 2026, seuls deux maires se sont succédés à l’Hôtel de Ville de Chartres. Jean-Pierre Gorges brigue son 4ème mandat. Élu depuis 2001, il affiche la plus longue longévité en tant que maire de Chartres. La traditionnelle cérémonie des vœux au monde économique ayant été empêchée par le contexte sanitaire, il revient sur ses différents mandats. Entre futurs projets et évolutions, rencontre avec Jean-Pierre Gorges.

Avant d’être élu maire de Chartres, Jean-Pierre Gorges gérait différentes sociétés d’informatique. Issu de la société civile, il n’est pas né dans la politique. À l’image d’un chef d’entreprise, il crée et agit pour un développement progressif et constant de sa ville et son agglomération.

Vingt-ans plus tard, imaginiez-vous Chartres comme elle est aujourd’hui ? Comment conduisez-vous vos projets pour faire évoluer votre ville ?

L’enjeu, c’est de savoir orchestrer les évolutions. La conduite du changement est un métier ; il faut que les projets soient rondement menés pour qu’ils soient acceptés collectivement. J’ai été élu pour la première fois en 2001. Deux ans après, nous avons éventré complètement la ville sur 700 m et avons créé 1 200 places de stationnement pour ce qui serait le futur parking Cœur de ville. Nous avons pensé le dessus, dédié au Boulevard de la Culture, pour réaliser ce souterrain. 

Quel que soit le projet, j’essaie d’habituer les gens dès son lancement.

Aujourd’hui, Chartres est une ville apaisée. Nous avons passé le Boulevard Chasles à 30 km/h depuis 2006 et avons fait suivre l’ensemble de la commune récemment. Nous n’avons pas attendu de médiatisation à ce sujet. Nous retirons tous les feux tricolores et les panneaux d’affichage qui génèrent de la pollution. Parmi nos projets, il y a aussi notre ambition de faire venir 1 500 à 2 000 places de stationnement privés dans l’hypercentre. Tout cela contribue à cette notion de ville apaisée.

Par exemple, nous avons investi plus de 8 millions d’euros dans les aménagements du Plan Vert. Aujourd’hui, le Plan Vert c’est 17 km de chemins réalisés en 15 ans le long de l’Eure. L’écologie est nécessairement une démarche globale. Certains en font une idéologie au mépris de l’économie. Nous l’envisageons comme la préservation de l’équilibre né de l’Histoire et l’évolution durable de notre ville. Nous préférons utiliser les nouvelles technologies pour construire une ville connectée et donc plus économe.

Quels sont les futurs projets auxquels s’attendre ?

Nous achevons le Off, près de la gare, à la place de l’ancien cinéma ABC. Cet équipement va être merveilleux ; nous y avons investi 5 millions d’euros pour les troupes individuelles. Les travaux du complexe culturel et sportif continuent. Il comptera 4 000 places assises et 5 000 assis/debout. Entre la tenue de manifestations sportives et d’événements culturels, il sera utilisé en permanence. Nous en avons même créé C’Chartres Spectacles, une SPL dédiée à la gestion de toute cette programmation culturelle. Nous nous concertons pour savoir comment réorganiser le musée des Beaux-Arts qui a été racheté au Département à l’euro symbolique dans l’ancien Evêché. En parallèle, le chantier de Chartrexpo démarre tout juste. Le projet du On prendra la place du muséum d’histoire naturelle. Ce complexe a vocation à accueillir toutes les activités autour de la musique avec une salle de concert, une salle de répétition et un studio d’enregistrement.

« Nous menons une multitude de projets variés et partout sur le territoire. C’est cette somme qui fait qu’aujourd’hui nous sommes perçus comme une ville dynamique »

La Cosmetic Valley fait figure de proue de l’économie française. Elle va bientôt trouver sa vitrine. La Maison internationale de la cosmétique sera érigée au pied de la cathédrale. Son ouverture est prévue pour 2023.

Par ailleurs, nous avions racheté les anciens bâtiments de Guerlain, soit 17 000 m². Nous les avons revendus à une société qui entend construire toute une zone pour accueillir des entreprises. Tous les lots seront remplis et génèreront quelque 1 000 emplois.

Les projets sont visiblement variés, est-ce une volonté ?

Effectivement, nous ne sommes pas cantonnés à certains domaines. Nous menons une multitude de projets variés et partout sur le territoire. C’est cette somme qui fait qu’aujourd’hui nous sommes perçus comme une ville dynamique. Je peux vous citer la reprise de la gestion de notre usine d’incinération des déchets, la création d’une usine biomasse avec du bois de classe B. À elles deux, nous atteignons une production d’électricité de 100 gigawattheures par an. Au chapitre de l’environnement, nous avons mis en œuvre la continuité écologique sur l’Eure, c’est-à-dire que les poissons qui remontent la rivière peuvent traverser l’agglomération. En ce qui concerne les piétons et les vélos, ils pourront aller de Maintenon à Saint-Georges-sur-Eure grâce à la continuité de circulation au bord de la rivière. Nous avançons au fur et à mesure.

Le volet culturel semble être un argument attractif pour attirer les habitants mais aussi les entreprises, n’est-ce pas ?

Nous investissons beaucoup dans la culture. Elle représente 38% de nos dépenses. Pour favoriser l’économie, il ne faut pas uniquement faire des zones d’activité économique. Pour inciter les entreprises à venir s’installer ici, il faut avoir une médiathèque, une piscine, un théâtre, un conservatoire de musique… Lorsque nous avons construit l’Odyssée, certains comparaient mon projet à la démesure des projets de Ramsès. Aujourd’hui, la structure devient trop petite. Nous avons rajouté un bassin extérieur de 50 m, nous enregistrons 900 000 entrées par an. Nous allons agrémenter le complexe d’un plongeoir extérieur, enrichir les espaces fitness et musculation, etc. Quant au cinéma, il accueille plus de 500 000 personnes par an, la médiathèque c’est 5 000 m² d’espace culturel… Tous nos équipements saturent. J’aime dire « Vous imaginez si, en plus, j’avais aimé la culture, qu’est-ce que cela aurait été ? » *rires*

Quelle est votre stratégie pour ce 4ème mandat ?

J’aime prendre la métaphore de la marguerite. L’idée c’est de ramener toute la vie en société au cœur, de sorte à ne désavantager personne. Si on a choisi de faire le complexe culturel et sportif à côté de la gare c’est qu’il va être la clé d’un ensemble. À pied, sur 1 km, vous avez 20 000 personnes alors que si vous le placez en périphérie, tout le monde devra prendre sa voiture pour y arriver, ça coûterait le double car il faudrait y construire les infrastructures nécessaires.

« J’ai toujours imaginé Chartres comme une fleur, chaque quartier un pétale »

En ce qui concerne ma façon de faire, je me projette déjà sur les 20 prochaines années. À tous les équipements que nous faisons, je leur attribue une durée de vie de 50 ans, ce qui permet de garder l’amortissement technique par rapport à l’amortissement financier. Nous avons inauguré l’ouverture de l’aile ouest du Pôle administratif en novembre dernier et cet équipement restera peut-être deux siècles. Quoi qu’il en soit, d’ici 50 ans il sera payé et amorti.

En ce qui concerne la vie de la cité, je regarde sur les 20 ans tout comme j’ai pu le faire lors de mon premier mandat, en 2001. Je vois l’inertie de tout ce que nous pouvons faire évoluer pour une ville à la fois attractive et apaisée. Il y a des idées que nous avions au début de mandat, il a fallu 20 ans pour les mettre en œuvre. C’est le cas du projet de la gare qu’on étudie depuis 2004 et qui sera abouti en 2024.

Qu’aimeriez-vous dire aux chefs d’entreprise du territoire ?

Je le rappelle régulièrement mais ma richesse est créée par les entreprises : elles représentent 50% des recettes fiscales. Sur le territoire, quand vous prenez les mondes économique et associatif, il y a une bonne part des gens qui font vivre la cité. Le message que je souhaite passer aux entrepreneurs, c’est que nous sommes toujours sur un modèle de croissance endogène. Il n’y a pas un chef d’entreprise qui, le matin en se levant, ne pense pas à la façon dont il doit faire évoluer les choses, qu’il s’agisse du développement de son territoire, de sa zone de chalandise, de son produit, etc. C’est ce qui fait la dynamique d’un pays, celle de notre ville. Mon travail est d’en faire de même pour l’économie et le bien-être de Chartres.

Quelle attitude privilégiez-vous pour le développement économique ?

Nous poursuivons une stratégie gagnante, créatrice d’emplois. Nous nous occupons en priorité des entreprises qui sont installées sur notre territoire car si elles se sentent bien accompagnées, elles deviendront nos meilleures ambassadrices. Notre positionnement à cet égard a convaincu bon nombre d’entreprises de venir s’implanter au Jardin d’entreprises. Ce dernier sature. Nous allons l’agrandir. Les « Pôles Ouest » sont aussi en train de se remplir, de l’autre côté de l’agglomération. Nous allons refaire une zone d’activités au Nord grâce à l’autoroute A154 dont la concession autoroutière a été lancée en décembre dernier. Cela nous permet de compléter le cercle de zones d’activités autour de Chartres.

« Chartres est une ville en avance et ça me plaît bien, alors nous mettons des moyens importants »

Il y a des domaines dans lesquels nous sommes presque innovants. Nous avons fait une cité de l’innovation qui comporte un incubateur pour les startups et un hôtel d’entreprises pour leur permettre de se développer après la période d’incubation. Globalement, nous leur proposons un parcours résidentiel total : de l’incubation à l’hôtel d’entreprises pour ensuite continuer dans nos zones d’activités afin de se mêler au monde de l’économie. Chartres est une ville en avance et ça me plaît bien, alors nous mettons des moyens importants.

Les implantations d’entreprises se multiplient, qu’en est-il de la formation ?

Sur le territoire, le secteur privé comptabilise 41 000 emplois au point que certaines entreprises peinent à recruter. La formation est une vraie priorité. Dans cette optique, nous allons créer l’Université des Métiers regroupant Chartres métropole, la Région qui pilote la formation, des départements universitaires et des entreprises locales pour compléter et adapter les formations supérieures aux besoins spécifiques des entreprises de notre bassin d’activités.

Néanmoins, il y a un point faible qu’on ne peut pas changer. Il s’agit de la partie universitaire. Chartres est trop proche de Paris et là, l’avantage de cette proximité devient une contrainte. Nous avons quand même réussi à avoir Polytech et j’en suis très fier. D’autres opérations, plus privées se sont installées à Chartres. C’est le cas du campus international des métiers de la beauté et du bien-être de Régine Ferrère. Je me souviens l’avoir rencontrée pour qu’elle m’expose son ambition. En une heure d’échanges, son projet était acté à Chartres. Il a vu le jour un an plus tard.

Vous aviez la volonté de faire de la ville un tour-opérateur. Est-ce toujours le cas ?

Chartres accueille 1,5 million de touristes à la cathédrale ; Chartres en lumières en attire 1 million. Au total, près de 3 millions de personnes viennent à Chartres donc quand une partie arrive par des tour-opérateurs, nous pouvons tout à fait être un point d’arrivée. Je prétends qu’Orly est aussi proche de Chartres que de Paris, en temps de trajet. Chartres pourrait devenir le premier lieu de séjour à partir duquel nous proposerions un parcours touristique des châteaux de la Loire au Mont Saint-Michel en passant par le Perche.

Nous avons aussi initié une directive paysagère de protection et de mise en valeur des paysages destinée à préserver les vues proches et lointaines de la cathédrale de Chartres, dans un cercle de 30 km. Désormais, nous allons commencer à construire des circuits piétons, vélos ou voitures pour profiter des différentes vues de la cathédrale. Il n’y a qu’une seule directive paysagère au monde autour d’une cathédrale et elle concerne Chartres. Comme disait Charles Peguy, la cathédrale est un vaisseau posé sur un champ de blé. Avec ses 536 vues, nous pouvons dessiner des circuits à l’infini.

Concernant le Cloître Notre-Dame, nous allons refaire tous les sols. Devant la cathédrale, nous allons ériger une esplanade pour y créer un espace muséographique de 3 500 m² et, en-dessous, la visite des fouilles qui seront restituées. À Chartres, il y a du romain du IIe siècle, nous allons simplement le remettre en évidence. Cet espace sera construit devant la Maison internationale de la cosmétique.

Un mot pour la fin ?

Nous avons mené une multitude de projets jusqu’ici. Nous avons eu la chance d’être réélus à chaque fois. Finalement les habitants auraient pu ne pas comprendre nos actions. Nous avons capitalisé sur tous les domaines, c’est une logique de construction de ville. Pour avoir une certaine cohérence dans la conduite des projets, il faut que les élus restent un certain temps. Ça fait 20 ans que nous y allons à fond. Maintenant, il est temps d’accélérer.

Quelques chiffres.

900 000 entrées par an à l’Odyssée

+ de 500 000 entrées par an au cinéma

5 000 m² d’espace culturel à la médiathèque

4 000 places assises et 6 000 places debout pour le complexe culturel et sportif

850 logements nouveaux par an dans la ville

38% du budget de la ville est alloué à la culture

17 km de chemins constituent le Plan Vert

1ère directive paysagère au monde concernant la protection paysagère d’une cathédrale

1,5 million de touristes à la cathédrale chaque année

1 million de personnes attirées par Chartres en lumières chaque année

Les projets en cours :

  • Le complexe culturel et sportif
  • Le Off
  • Le On
  • La réorganisation du muséum d’histoire naturelle
  • L’esplanade de la cathédrale de Chartres
  • La Maison internationale de la cosmétique

CREDITS PHOTOS :

Portrait de Jean-Pierre Gorges : ©Ville de Chartres

CM101 : ©Chartres métropole

Le off : ©Ville de Chartres

Maison internationale de la cosmétique : ©Ville de Chartres

Complexe sportif : ©Groupe 6 architectes

Passerelle piétonne : ©C Lavigne Chéron

PARTAGER CET ARTICLE

Nos derniers
articles publiés

ChartrEstivales, les demandes pour l’année prochaine affluent déjà !

Saison touristique estivale : l’heure est au bilan

ChartrEstivales : embarquez pour un voyage immobile avec la Compagnie Aragorn

XEFI Dreux, votre partenaire informatique et bureautique local

Une première année d’exercice sur les chapeaux de roues pour le Karting de Chartres

Fake News : quand la consommation rapide de l’information profite à la désinformation

Une série de podcasts immersifs pour recruter des soignants

Hausse des prix, pénurie de papier… L’imprimerie Chauveau s’adonne à une gymnastique rythmique !