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Circuits courts en Eure-et-Loir : où en est l’engouement du premier confinement ?

Au printemps dernier, le confinement a profité aux producteurs locaux. Consommer local, avoir une visibilité sur la provenance des produits… Voilà autant de facteurs qui avaient incités les euréliens à revoir leurs modes de consommation. Cet engouement a-t-il duré ? Entretien avec Aurélie Toutain et Pierre Lhopiteau, de la Chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir.

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Un circuit court est un mode de commercialisation qui limite le nombre d’intermédiaires entre l’agriculteur et le producteur.

Aurélie Toutain travaille au sein de la Chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir, chargée de mission en diversification, circuits de proximité et développement de nouvelles filières. Pierre Lhopiteau, vice-président de la Chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir, est avant tout agriculteur à Bisseau, commune d’Éole-en-Beauce producteur de grandes cultures en exploitation irriguée et a mis en place une  diversification avec une plateforme de compostage. Les matières organiques récupérées sont travaillées, hygiénisées pour fabriquer un compost destiné aux collectivités, paysagistes et agriculteurs. En tant que  vice-président, il est en charge du développement des territoires et du soutien aux porteurs de nouvelles idées de transformation.

« Nous sommes producteurs de matière première, laquelle est transformée majoritairement dans d’autres départements ou pays. Notre volonté c’est donc de créer des filières industrielles au sein de l’Eure-et-Loir »

PLATEFORME SUR LE CHAMP - SCHEMA

De l’obtention du permis de construire au montage des dossiers en passant par la recherche de financements, la Chambre d’agriculture assiste et facilite les démarches des porteurs de projets. Elle encourage notamment le développement d’outils de transformation, pour créer de la valeur ajoutée dans le département.. « Nous sommes producteurs de matière première, laquelle est transformée majoritairement dans d’autres départements ou pays. Notre volonté c’est donc de recréer des filières industrielles au sein de l’Eure-et-Loir », indique Pierre Lhopiteau.

Le premier confinement a profité aux producteurs locaux

Le confinement annoncé au printemps dernier aura au moins eu le mérite de créer un engouement autour des producteurs locaux, partout en France. L’Eure-et-Loir n’a pas fait exception à la règle puisque les agriculteurs ont été largement sollicités par les particuliers et les professionnels de la petite, moyenne et grande distribution.

Les particuliers ont privilégié la vente directe à la ferme, du producteur au consommateur. Le télétravail et le chômage partiel aidant, la plupart des euréliens ont quelque peu tourné le dos aux lieux très fréquentés. « Il y avait une intention de reprendre la main sur la préparation des repas et d’avoir une visibilité sur l’origine des produits », explique Aurélie Toutain.

Si les producteurs qui ont des magasins de vente directe à la ferme ont attiré les consommateurs, d’autres ont eu plus de mal à sortir leur épingle du jeu. C’est le cas des producteurs de bière qui se sont retrouvés face à la difficulté de vendre leurs fûts en raison de la suspension des évènements festifs ou sportifs et des fêtes de famille. Les produits à destination de Rungis et des restaurants n’ont pas enregistré une franche activité non plus.

« Il y avait une intention de reprendre la main sur la préparation des repas et d’avoir une visibilité sur l’origine des produits »

Les consommateurs ont, semble-t-il, accordé leur confiance aux agriculteurs. Pour autant, pas sûr que le constat soit le même pour ce deuxième confinement. Il semble compliqué d’y voir clair sur les ventes potentielles. En cause : la souplesse de ce nouveau confinement là où au printemps, tout le monde était contraint de rester chez soi.

Post-confinement : le retour des anciennes habitudes

Entre temps, le déconfinement aura eu partiellement raison de cet engouement. Les achats de proximité ont diminué significativement. « Le consommateur a repris ses anciennes habitudes car en consommant dans les petites, moyennes et grandes surfaces, il y trouve une certaine facilité », conçoit Pierre Lhopiteau. En revanche, depuis le déconfinement du mois de mai, les GMS s’approvisionnent davantage en produits locaux. En tout cas, bien plus qu’avant.

Aurélie Toutain et Pierre Lhopiteau sont optimistes et considèrent qu’un nouvel élan du « consommer local » via la vente directe des producteurs aux consommateurs risque de se révéler de nouveau. Et si développer des points de vente de produits locaux était la clé ? « Plus nous nous rapprochons du consommateur, plus ce sera facile pour lui », réalise justement Pierre Lhopiteau. 

Quand consommer local est un acte citoyen

« Consommer local n’est pas anodin et c’est presque un acte citoyen », résume Aurélie Toutain. Là où les GMS proposent une offre pléthorique de références, les producteurs locaux ont une offre plus restreinte de produits de saison, appelant une forme de tempérance. Les circuits courts contribuent à créer du lien entre les agriculteurs et les consommateurs. « L’acte d’achat auprès d’un producteur est plus long mais il en résulte un échange très productif lors duquel nous expliquons nos métiers respectifs, on apprend ainsi mieux à se connaître et à mieux se respecter », confie Pierre Lhopiteau.

« L’acte d’achat auprès d’un producteur est plus long mais il en résulte un échange très productif »

Depuis quelques années, l’agriculture souffre d’une mauvaise image. En cause, la notion d’« agribashing » qui désigne la critique du mode de production agricole intensif, dénigrant tout un secteur d’activité au passage. Les modes de consommation locaux ont le mérite d’apporter une véritable valeur ajoutée financière et relationnelle aux producteurs. La jeune génération d’agriculteurs semble aller dans ce sens. Alors qu’il y a 10 ans, le département comptait 200 agriculteurs en circuit court, il en dénombre 300 aujourd’hui.

Du circuit court via d’autres modes de distribution

Consommer local passe par les particuliers mais dans le département, les circuits courts investissent de plus en plus la restauration collective et les restaurants qui font de leur spécialité la préparation de produits frais et de saison. Pour eux, travailler localement tombe sous le sens. « La période est malheureusement très défavorable pour les restaurateurs. Surtout en ce moment, il faut continuer de penser à eux, ils sont nombreux à proposer des plats à emporter.  Ils sont des vecteurs d’image très forts et très puissants pour le « manger local et de saison », ils ont l’art d’accommoder les produits les plus simples et de mettre en valeur nos produits locaux », affirme Aurélie Toutain.

Les distributeurs automatiques rencontrent aussi un véritable succès. On en compte une dizaine dans le département et le concept nourrit de nombreuses réflexions de développement sur le territoire. Actuellement, on distingue deux types de distributeurs : les distributeurs mono produits (granulés de bois, pommes de terre, etc.) et les distributeurs à casiers avec des produits frais et secs, alimentés par plusieurs producteurs. Aujourd’hui, certains distributeurs comptent une vingtaine de casiers mais vont jusqu’à 80 avec 30 produits différents. La réflexion penche en faveur de leur déploiement au plus près des consommateurs tout en respectant une certaine équité avec les commerces de proximité.

« Les distributeurs automatiques rencontrent aussi un véritable succès. On en compte une dizaine dans le département »

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Communiquer pour valoriser et faire connaître les produits locaux

En Eure-et-Loir, on recense 3 300 agriculteurs à titre professionnel, dont 300 font de la vente directe, avec ou sans transformation. Parmi ces 300 agriculteurs, 100 possèdent le logo Terres d’Eure-et-Loir. La Chambre d’Agriculture du département a créé la marque Terres d’Eure-et-Loir il y a 18 ans. Par ce biais, les consommateurs sont informés et orientés pour acheter local plus facilement grâce à une option de géolocalisation sur le site www.terres28.fr.  

En janvier 2019, la Chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir et la coopérative la SCAEL ont créé la plateforme « Sur le Champ ! ». L’objectif est de faire connaître et faciliter l’accès à l’offre de produits locaux. Elle permet aux professionnels de la restauration et de la distribution alimentaire de s’approvisionner localement et assure la logistique, la commercialisation et la gestion administrative pour les producteurs. Tout cela s’inscrit dans une volonté d’associer tous les acteurs dans une dynamique de développement de l’économie locale. La plateforme réunit la Chambre d’Agriculture d’Eure-et-Loir, la SCAEL, les producteurs agricoles, les clients et bénéficiaires ainsi que les collectivités territoriales avec le Conseil Départemental.

La plateforme a développé un drive pour les particuliers pendant le 1er confinement, et propose aujourd’hui deux  points de retrait, sur la plateforme et sur Lucé. Demain, la réflexion se porte sur le déploiement de nouveaux points de retrait et de la communication pour l’offre de produits proposés.

Sur le Champ pour les professionnels : www.surlechamp.co

Sur le Champ pour les particuliers : https://drive.surlechamp.co

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